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mardi 27 décembre 2005
 
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Au sommaire du 31 août 2000

- UNE VILLE " MÉTISSE " ? PAR MANUEL GAUSA (*)
- LA CHRONIQUE DE CLÉMENTINE AUTAIN " MATCH-SHOW "
- COURRIER RETOUR DE MILLAU
- AGORA ÉROS 2000

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UNE VILLE " MÉTISSE " ? PAR MANUEL GAUSA (*)

Nous assistons aujourd’hui, parfois perplexes, aux manifestations d’une réalité qui nous semble trop complexe - elle " est " complexe - et d’un univers apparemment chaotique - il " est " chaotique. Pourquoi complexe ? Pourquoi chaotique ? Parce que notre époque, notre culture et notre technologie multiplient les informations, les échanges et les " déplacements ", dans tous les sens et à tous les niveaux : dans les mouvements, les relations, les expressions, les établissements. Cette condition, définitivement " métisse et indisciplinée " de notre environnement multiplie les situations de " suspense ", de surprise et, parfois, de désordre. C’est dire, tel que le proclamerait Paul Virilio, l’évidence d’un plus haut degré de synchronisme - de simultanéité - entre couches diverses, hétérogènes, polyphasées, voire paradoxales de la société.

Une vision défensive de l’action architecturale - de fait, la vision plus traditionnelle - tâche de travailler " à partir de " la complexité pour limiter ses effets, tranquilliser ses mouvements, stabiliser ses trajectoires. Pour préfigurer ses démarches afin de les contrôler. Une vision plus optimiste (et positive) veut travailler " avec " la complexité pour multiplier ses potentiels. C’est-à-dire intervenir avec les conditions du temps propre, avec un plus haut degré de flexibilité et d’indétermination. De dynamisme et de mixité. En favorisant des dispositifs plus élastiques, plus souples et fluctuants, mais aussi plus distendus et " impurs ", capables de mieux s’accorder à l’incertain. C’est ainsi favoriser une architecture plus relationnelle, capable de projeter l’individu dans des paysages plus stimulants, eux aussi capables de susciter des événements multiples. De connecter lieu et lieux. Contexte et contextes. Local et global.

Ce ne sont donc plus des " architectures objets " - imposantes, sévères, rigides, austères et autistes, monumentales - mais, plutôt des " architectures environnement ", conçues comme des systèmes logiques et souples, abstraits et spécifiques, précis et ouverts à la fois. Une architecture qui travaille avec l’indétermination est, en effet, une architecture plus ouverte parce que non achevée, non limitée dans ses mouvements, une architecture non préfigée, qui travaille plus comme un logiciel que comme une composition, qui agit plus avec des données qu’avec des préétablis. Une architecture plus " informelle " parce qu’" informationnelle ", ouverte et donc plus extravertie. Capable de travailler au-delà des limites et des anciennes dichotomies. Dans le contexte et au-delà du contexte. Avec le site et avec la ville. Avec la ville et avec la géographie. Une architecture multiple et résonnante. Capable de connecter des conditions et des situations discontinues. Capable d’exprimer ses propres mouvements intérieurs - sa topologie - et les diverses sollicitations plurielles qui la convoquent et la configurent.

Cette architecture plus expansive est aussi plus allègre. Plus directe et spontanée. Plus ludique et désinvolte. Plus exaltante et expressive. Plus coloriste qu’austère. Plus éloquente qu’élégante. Plus communicative et plus dévergondée. Disposée à favoriser des signes et des expressions de notre époque. Des hybridations, des tatouages, des transfusions, des contaminations, de " nouvelles natures ", produites non plus à partir d’un nouvel ordre, mais à partir de nouveaux accouplements. Une architecture qui agirait comme une interface entre nous et le monde. Voilà le potentiel : synthétiser la nouvelle condition " multipolaire " (multicouche) des actuelles structures urbaines, apte à favoriser des nouveaux paysages de liaison (plus flexibles, pluriels, expressifs et stimulants) dans des environnements définitivement plurirelationnels.

(*) Architecte. Agence Actar Arquitectura (Barcelone).

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Article paru dans l'édition du 31 août 2000.

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