Nous assistons aujourd’hui, parfois perplexes,
aux manifestations d’une réalité qui nous semble trop complexe
- elle " est " complexe - et d’un univers apparemment
chaotique - il " est " chaotique. Pourquoi complexe ?
Pourquoi chaotique ? Parce que notre époque, notre
culture et notre technologie multiplient les informations, les
échanges et les " déplacements ", dans tous les sens et à tous
les niveaux : dans les mouvements, les relations, les
expressions, les établissements. Cette condition,
définitivement " métisse et indisciplinée " de notre
environnement multiplie les situations de " suspense ", de
surprise et, parfois, de désordre. C’est dire, tel que le
proclamerait Paul Virilio, l’évidence d’un plus haut degré de
synchronisme - de simultanéité - entre couches diverses,
hétérogènes, polyphasées, voire paradoxales de la société.
Une vision défensive de l’action architecturale
- de fait, la vision plus traditionnelle - tâche de travailler
" à partir de " la complexité pour limiter ses effets,
tranquilliser ses mouvements, stabiliser ses trajectoires.
Pour préfigurer ses démarches afin de les contrôler. Une
vision plus optimiste (et positive) veut travailler " avec "
la complexité pour multiplier ses potentiels. C’est-à-dire
intervenir avec les conditions du temps propre, avec un plus
haut degré de flexibilité et d’indétermination. De dynamisme
et de mixité. En favorisant des dispositifs plus élastiques,
plus souples et fluctuants, mais aussi plus distendus et "
impurs ", capables de mieux s’accorder à l’incertain. C’est
ainsi favoriser une architecture plus relationnelle, capable
de projeter l’individu dans des paysages plus stimulants, eux
aussi capables de susciter des événements multiples. De
connecter lieu et lieux. Contexte et contextes. Local et
global.
Ce ne sont donc plus des " architectures objets
" - imposantes, sévères, rigides, austères et autistes,
monumentales - mais, plutôt des " architectures environnement
", conçues comme des systèmes logiques et souples, abstraits
et spécifiques, précis et ouverts à la fois. Une architecture
qui travaille avec l’indétermination est, en effet, une
architecture plus ouverte parce que non achevée, non limitée
dans ses mouvements, une architecture non préfigée, qui
travaille plus comme un logiciel que comme une composition,
qui agit plus avec des données qu’avec des préétablis. Une
architecture plus " informelle " parce qu’" informationnelle
", ouverte et donc plus extravertie. Capable de travailler
au-delà des limites et des anciennes dichotomies. Dans le
contexte et au-delà du contexte. Avec le site et avec la
ville. Avec la ville et avec la géographie. Une architecture
multiple et résonnante. Capable de connecter des conditions et
des situations discontinues. Capable d’exprimer ses propres
mouvements intérieurs - sa topologie - et les diverses
sollicitations plurielles qui la convoquent et la
configurent.
Cette architecture plus expansive est aussi plus
allègre. Plus directe et spontanée. Plus ludique et
désinvolte. Plus exaltante et expressive. Plus coloriste
qu’austère. Plus éloquente qu’élégante. Plus communicative et
plus dévergondée. Disposée à favoriser des signes et des
expressions de notre époque. Des hybridations, des tatouages,
des transfusions, des contaminations, de " nouvelles natures
", produites non plus à partir d’un nouvel ordre, mais à
partir de nouveaux accouplements. Une architecture qui agirait
comme une interface entre nous et le monde. Voilà le
potentiel : synthétiser la nouvelle condition "
multipolaire " (multicouche) des actuelles structures
urbaines, apte à favoriser des nouveaux paysages de liaison
(plus flexibles, pluriels, expressifs et stimulants) dans des
environnements définitivement plurirelationnels.
(*) Architecte. Agence Actar Arquitectura
(Barcelone).
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